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Antoine Dénériaz sur le toit de l'Olympe

Le 12/02/2006

En confiance, à l'attaque du haut en bas de la «Kandahar-Banchetta», animé d'un moral de vainqueur, décidé à faire le maximum, Antoine Dénériaz est devenu dimanche 12 février à Sestrière le 5e champion olympique français de descente, dominant avec une énorme avance (72/100e) l'Autrichien Michael Walchhofer. Rien ne lui a resisté, pas même son dossard élevé et l'état de la piste.

Antoine Dénériaz est au départ de la descente olympique, 29 concurrents se sont élancés avant lui. Son meilleur temps de la veille, lors du dernier entraînement, l'a condamné à partir après tous les favoris qui, par calcul, avaient freiné le samedi afin d'obtenir des "petits" dossards. Condamné? Au moment de pousser le portillon, il ne le pense pas. Il se dit juste :«fais le, fais le, fais le !». Il racontera qu'il s'était dit cela depuis plusieurs jours, qu'il n'avait pensé qu'à ça la veille, attaquer, foncer, gagner.

La piste est un peu dégradée, marquée sur le haut du parcours, les concurrents partis juste avant lui ont semblé scotchés. Mais Antoine vole. A chaque intermédiaire, son avance sur Michael Walchhoffer, parti avec le dossard n°10, augmente, augmente. Il dessine des trajectoires d'une pureté extraordinaire, il réalise des sauts parfaits, il avale les courbes du bas sans perdre sa vitesse, il va vite. Le tableau lumineux dans l'aire d'arrivée affiche -9/100e, puis -43/100e, -51/100e, -74/100e, pour se stabiliser à -72/100e une fois passée la ligne. Incroyable. Le plus gros écart de l'histoire de la descente olympique depuis les Jeux de 1964. Walchhofer, le meilleur descendeur de l'hiver, archi-battu, et les autres, à commencer par Bruno Kernen, médaille de bronze, suivi de Kjetil-Andre Aamodt, Bode Miller, Hermann Maier à plus d'une seconde.

«J'ai été à l'attaque tout du long. J'ai pensé réaliser tout ce que je savais faire. J'étais à la limite partout et je savais que j'allais vite. Mais quand j'ai vu le temps à l'arrivée... c'était carrément grandiose», expliquera "Tonio" de Morillon, 29 ans.
Jamais, aux Jeux, un vainqueur ne s'est imposé avec un dossard si élevé.

Cette piste, Antoine Dénériaz la sentait très bien. Il l'avait apprivoisée. «Je savais qu'elle me convenait parfaitement, avec ses mouvements de terrain, ses grands sauts, ses belles courbes, je savais qu'il fallait que je construise ma course jour après jour. Aujourd'hui, j'étais au top, mais gagner pour 1/100e m'aurait suffit ».
Tellement sûr de lui qu'il avait dit à Luc Alphand, tombé sur cette piste lors des championnats du monde 1997 alors qu'il était le favori : «je vais te venger !». Tellement confiant qu'il avait demandé à ses entraîneurs de mettre le champagne au frais. Et nullement dérangé par ce dossard dont on pensait qu'il le défavoriserait. «J'avais fait le dernier entraînement avec le dossard 23 en pensant que je n'irais pas vite. J'ai fait le meilleur chrono alors que j'avais essayé de freiner, et bon, je me suis dit 'si je peux le faire avec le 23, je le ferai avec le 30'. Et puis je m'étais imposé avec ce dossard en Coupe du Monde à Val Gardena. Au moins, c'est bien, pas de stress, en partant le dernier parmi les meilleurs, et une fois arrivé, on sait tout de suite quelle est sa place !». La première. Comme avant lui Henri Oreilller (1948), Jean Vuarnet (1960), Jean-Claude Killy (1968) et Jean-Luc Crétier (1998) et pour les dames, Carole Montillet (2002).

Une longue blessure

En janvier 2005, victime d'une très mauvaise chute à l'entraînement, sur la «verte» des Houches, le genou en compote, Antoine Dénériaz avait dû quitter le circuit pour onze longs mois.
«C'est passé très vite, finalement. Je n'ai jamais baissé les bras. A Chamonix, dans la civière, j'avais dit à Gilles Brenier, directeur de l'équipe de France : 'Je ne serai pas champion du monde cette année, je serai champion olympique à Turin'. Je n'ai jamais baissé les bras. Quand j'ai repris cet hiver, j'avais encore mal au genou, c'était difficile. J'ai fait quelques courses catastrophiques comme à Wengen. Mais je me forçais à y croire. Et puis j'ai fait quelques bons super-G qui m'ont fait beaucoup de bien. Il y a enfin eu Chamonix, juste avant les Jeux, où j'ai réalisé de très bonnes choses à l'entraînement. Malheureusement, la course a été annulée. Arrivé ici à Sestrière, je ne pensais qu'à une chose, c'est que j'étais revenu et que je pouvais le faire, que j'allais le faire»

Cette fabuleuse descente d'Antoine Deneriaz est aussi due à la qualité de son matériel préparé par Pascal Lemoine. Qu'avait-il dont mis sous sa paire de skis? «Je ne sais pas. Il fait un boulot énorme. Il choisit les paires, le fart, je ne m'occupe de rien. Ma paire de skis pour cette descente, je l'ai découverte juste avant le départ! Je lui fais à 100% confiance. Ma victoire, je la dédie à ma famille, mes amis, mes coaches et bien sûr à Pascal».

Mauro Cornaz, l'entraîneur de toujours, responsable depuis onze ans du groupe vitesse hommes, a lui aussi vécu un immense bonheur. "Antoine m'a vraiment impressionné. J'ai pleuré vraiment fort quand il a passé l'arrivée. Et je vais recommencer", a-t-il dit sous l'émotion. "Je pense que je suis le plus heureux des hommes. Vous ne trouvez pas ?", a plaisanté le technicien d'Aoste. "Cela a été une saison dure. Tout le monde nous croyait déjà dans un paquet, bien ficelé, avec un noeud dessus", a-t-il ajouté, faisant référence à l'absence de podium de son groupe cette saison en Coupe du monde et des critiques conséquentes.

La conclusion de ce jour en bleu-blanc-rouge, de ce grand bonheur, revient au DTN du ski, Gérard Rougier : «A ce niveau, il suffit de vouloir pour faire. C'est ce que tous nos athlètes doivent retenir. Croire et faire».