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Grenoble 1968 : le fait

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Schranz : autant en emporte la brume

Karl Schranz (photo 1), un des plus grands skieurs de l'histoire, n'a jamais été champion olympique. Et pourtant, l'espace de quelques heures, l'Autrichien a été persuadé que son heure venait de sonner, ce samedi 17 février 1968 dans le brouillard de Chamrousse. Mais au terme d'un scénario à suspense, le skieur de Saint-Anton se croira deuxième, puis vainqueur, avant d'être finalement déclassé.



Sur la lancée de ses médailles d'or de la descente et du géant, son grand rival, Jean-Claude Killy, bénéficiant d'une fugace éclaircie, signe le meilleur temps d'une première manche par ailleurs courue dans le brouillard (photo 2). Quatorze concurrents, dont Schranz et Killy, se tiennent en 69 centièmes de seconde. Le suspense reste entier.



La brume s'est encore épaissie quand le départ de la seconde manche est finalement donné, après avoir été retardé. Killy s'élance le premier, part "comme un possédé", puis se calme et skie "à fond, mais sans jamais risquer de tomber", selon ses propres termes.

Auteur du dixième temps de la première manche, le Norvégien Haakon Mjoen, réussit un second parcours canon. Il devance Killy.

Au tour de Schranz. Les minutes s'écoulent. L'Autrichien n'arrive pas. Il s'est arrêté à hauteur de la 20e des 69 portes, affirmant avoir été gêné par un gendarme qui a traversé la piste dans le brouillard. Sur les conseils de son compatriote Egon Zimmermann, champion olympique de descente en 1964, qui filme la course à cet endroit, il demande et obtient de recourir.

Le règlement prévoit ce cas de figure : le skieur est autorisé à repartir à titre "provisionnel", c'est-à-dire que le jury se réserve le droit d'examiner ultérieurement si le concurrent était bien fondé à demander ce nouveau départ.

Schranz met à profit cette seconde chance et s'intercale entre Mjoen et Killy.

Réclamations

Mais après examen de la course au magnétoscope, le jury disqualifie Mjoen pour avoir manqué deux portes. Il est 14h15. Karl Schranz est champion olympique; Killy le félicite (photo 1).


Une heure plus tard, le jury, qui a réexaminé la première tentative de Schranz, disqualifie celui-ci. Il estime que l'Autrichien avait déjà manqué deux portes, avant d'être gêné par un des gendarmes chargés de damer la piste et de remettre en place les piquets, à la hauteur de la porte N°20. La délégation autrichienne fait appel.


Il faudra attendre 19h40 pour que le verdict tombe. Définitif. Par trois voix contre une et une abstention, le jury a tranché : Schranz avait raté deux portes pour avoir suivi une mauvaise trace avant d'être gêné et il reste disqualifié. Killy rejoint alors dans la légende l'Autrichien Toni Sailer en réussissant la passe de trois (descente-géant-slalom) aux mêmes JO (photo 2).


Cette décision déchaîne les passions. Le clan autrichien crie au scandale. Pour les plus virulents de ses membres, c'est un militaire français (d'autres diront un policier) qui a traversé délibérément la piste pour gêner Schranz. Côté français, on affirme que Schranz a inventé l'histoire de toutes pièces parce qu'il venait de rater une porte.

A l'époque, l'affaire fait couler presque autant d'encre que le fameux but controversé de l'Angleterre en finale de la Coupe du monde de football deux ans plus tôt. Plus de trente ans après, l'incident demeure l'un des plus célèbres de l'histoire des Jeux d'hiver.